22/10/2009

La Grand-Place de Bruxelles alchimique - 5ième partie - Eglise St Nicolas

Suite de la 4ième partie;

Les crânes à la couronne de laurier nous renvoient tout naturellement vers l'autel de notre dame de la paix situé au bout de la nef latérale gauche. Au dessus de la vierge de facture classique, un personnage féminin assis sur un globe nous tend une couronne de ... laurier:

pacis

 


 

pacis02

 


 

Une bannière est posée sous la statue avec l'inscription:

A PESTE, FAME ET BELLO, LIBERA NOS, MARIA PACIS

Ce qui signifie: De la peste, de la famine et de la guerre, délivrez-nous Notre Dame de la Paix.

Cette phrase nous rappelle qu'en 1489, la peste fit 30,000 victimes à Bruxelles. Elle fut suivie par une famine qui ne cessa qu'après l'abondante récolte de 1493.

En 1625, l'infante Isabelle fit placer une statue de la Vierge sur la façade de la Maison du Roi avec cette même phrase. Cette inscription en lettres dorées a disparu mais il nous reste une gravure tirée du livre de Puteanus:

gravuremaisonroi

 


 

Notez une autre inscription en latin au premier étage du bâtiment:

hIC VotVM paCIs pVbLICae eLIsabet ConseCra VIt

C'est un chronogramme qui donne l'année 1625 après décodage.

Mais le plus important pour notre quête alchimique, c'est qu'après la reconstruction de la Grand-Place ( suite au bombardement de Villeroi en 1695 ), une horloge a été placée en 1763 avec l'inscription:

SIT PATRIAE AUREA QUAEVIS

Que pour la patrie , tout se change en or !!

A suivre 6 ième partie

05/10/2009

La Grand-Place de Bruxelles alchimique - 4ième partie - Eglise St Nicolas

Suite de la troisième partie

L'église St Nicolas va nous révéler d'autres secrets:

Sur la droite de l'autel St Nicolas, se dresse une statue de Sainte Barbara:

sainte_barbe

 

 


 

En réalité, il s'agit de Sainte Barbe patronne de tous les métiers liés au feu et donc la patronne des alchimistes. Elle était censée les protéger des explosions de l'athanor ( four des alchimistes ).

Aux pieds de la sainte, on remarque une tour. Selon la légende, cette tour symbolise son adhésion à la sainte trinité ( remarquez les trois fenêtres ).  

Les alchimistes reconnaîtront l'athanor plutôt que la tour.

athanor

 


 

athanorv2

 


 

Image extraite de De alchimia libri tres

A côté de la statue de Sainte Barbe, un lambris nous indique symboliquement le but de l'alchimie:

lambris

 

 


 

Au centre l'apôtre Simon qui allait être nommé Pierre:

 


« Et moi, je te dis que tu es Pierre et que, sur cette pierre, je bâtirai mon Église et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elles. Je te donnerai les clés du royaume des cieux : ce que tu lieras sur terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur terre sera délié dans les cieux. » [Matthieu, 16, 18-19]

 

Cette phrase est étrangement proche de la première phrase de la table d'émeraude d' Hermes Trismégiste, le père de l'alchimie:

" Il est vrai, sans mensonge, certain, & très véritable. Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut : et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d'une seule chose"

L'alchimie ne vise pas seulement à obtenir la Pierre philosophale qui transforme le plomb en or. Cette pierre est l'étape indispensable pour créer l'elixir de longue vie qui rend immortel.

Les panneaux latéraux du lambris rappellent cette quête d'immortalité. Remarquez le sablier ailé en haut. Il symbolise la chute éternelle du temps, notre destinée vers une mort inéluctable. Mais il peut se renverser et le sable qui était descendu en bas peut se retrouver au dessus ( de nouveau allusion à la première phrase de la table d'émeraude ).

En bas du panneau un bien curieux crâne coiffé d'une couronne de laurier. Arbustre consacré à Apollon, le laurier symbolise l'immortalité acquise par la victoire.

A suivre ... 5 ième partie

02/09/2009

La Grand-Place de Bruxelles alchimique - 3ième partie - Eglise St Nicolas

Suite de la deuxième partie:

Je vous invite à suivre le parcours alchimique de la Grand-Place tel que suggéré par Paul de Saint-Hilaire.

L'adepte était censé pénétrer dans Bruxelles par la porte Ste Catherine ( ancien port de la ville ). Ce qui le ménerait tout droit vers l'église Saint Nicolas avant d'accèder à la Grand-Place par la rue au beurre.

st_nicolas

 


st_nicolas002

 

 


 

L'initié est invité à entrer dans l'église et découvre à l'entrée un Christ au pied doré:

christ_or

 


 

Il est d'usage de caresser le pied de la main droite. Geste qu'il faudra répéter à la fin du parcours alchimique mais cette fois sur le bras du gisant qui se trouve sous les arcades de la maison de l'étoile:

 

gisant

 


 

Mais revenons à l'église Saint Nicolas et allons voir l'autel dédié au saint patron des enfants.

st_nicolas003

 


 

Sous les pieds de Saint Nicolas remarquez  trois petits enfants:

st_nicolas004

 


 

Sans doute allusion à la légende des enfants au saloir:

 « Ils étaient trois petits enfants qui, s'en allaient glaner aux champs, » comme dit la chanson, « Perdus, ils demandèrent l'hospitalité chez un boucher qui ne trouva rien de mieux que de les tuer, les découper et les mettre au saloir.

Saint-Nicolas vint à passer sept ans plus tard et demanda à son tour l'hospitalité. Il insista pour manger le petit salé préparé sept ans plus tôt. Le boucher s'enfuit et Saint-Nicolas ressuscita les trois enfants. »

D'autres histoires mettent en évidence le saint et le chiffre trois:

La légende des trois officiers

La légende des trois pucelles dont la fontaine se trouvait entre l'église et la grand-place, mais que la pudibonderie autrichienne obligea à cacher aux yeux du peuple. L'eau jaillissait de leurs seins. On racontait à l'époque qu'en jetant une pièce d'or dans la fontaine, il était possible de retrouver sa virginité.

Mais il suffit de lever les yeux au dessus de l'autel pour se convaincre que la trinité est vraiment présente:

st_nicolas005

 


 

st_nicolas006

 


 

Bon et alors ? Tout cela a l'air bien normal dans une église catholique. La trinité c'est le père, le fils et le saint esprit. L'oeil qui voit tout dans le triangle c'est Dieu tout simplement. Quel est le rapport avec l'alchimie ?

Il est bon de rappeler que le symbole du triangle rayonnant est partagé par d'autres institutions comme par exemple la franc-maçonnerie et que son origine est probablement liée à la mythologie égyptienne. Le triangle symbolise Isis, Osiris et Horus. L'oeil est celui d'Horus.

Pour info, le musée d'art et d'histoire du cinquantenaire à Bruxelles possède une petite  pyramide sculptée datant de l' Egypte ancienne. Au sommet un soleil rayonnant ou peut-être un oeil stylisé.

pyramide

 


 

Le triangle rayonnant se retrouve aussi dans la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. On ne peut pas dire que les révolutionnaires français étaient de fervents catholiques. Ils avaient instauré  le culte de l'être suprême afin de déchristianiser la France.

Declaration

 


 

 

Pour l'alchimie la trinité est synonyme de Grand-oeuvre. Le travail alchimique se divise en trois phases: l'oeuvre au noir, l'oeuvre au blanc et l'oeuvre au rouge. Pour l'alchimiste tout corps est constitué de trois substances: le soufre, le mercure et le sel:

« Parmi toutes les substances, il en est trois qui donnent à chaque chose leur corps, c'est-à-dire que tout corps consiste en trois choses. Les noms de celles-ci sont : Soufre, Mercure, Sel. Si ces trois choses sont réunies, alors elles forment un corps (...). La vision des choses intérieures, qui est le secret, appartient aux médecins. (...) Prenez l'exemple du bois. Celui-ci est un corps par lui-même. Brûlez-le. Ce qui brûlera, c'est le Soufre ; ce qui s'exhale en fumée, c'est le Mercure ; ce qui reste en cendres, c'est le Sel. (...) Ce qui brûle, c'est le Soufre ; celui-là [le Mercure] se sublime, parce qu'il est volatil ; la troisième Substance [le Sel] sert à constituer tout corps. »

extrait de Paracelse, Liber paramirum (1531), Livre I : "Des causes et origines des maladies provenant des trois premières Substances", chap. 2 : Œuvres médico-chimiques ou Paradoxes. Liber paramirum, trad. de l'all. J. Grillot de Givry (1913), Milan, Archè, coll. "Sebastiani", 1975, t. 1 p. 158-161.

Si le sel constitue tout corps, on comprend mieux la légende des trois enfants au saloir... Et si St Nicolas a attendu sept ans pour redonner vie aux trois enfants, c'est que le chiffre sept est aussi un chiffre alchimique...

Notez aussi qu'il y a sept anges autour du triangle rayonnant.

Saint-Hilaire fait remarquer qu' une tête de mort est posée sur le genou de l'ange inférieur gauche. Il symboliserait une des étapes de l' oeuvre alchimique: la putréfaction de la matière première:

putrefaction

 


 

A suivre... quatrième partie.

24/08/2009

La Grand Place de Bruxelles alchimique - 2ième partie

Comme expliqué dans mon premier article le chiffre sept est récurrent dans l'histoire de Bruxelles. Mais cela ne suffit pas à prouver que la Grand-Place soit un grimoire alchimique à ciel ouvert. Il faudrait que la construction des édifices ait été gérée par un groupe d'initiés veillant à la mise en place de la symbolique alchimique sur les diverses façades. Jean van Win, dans son livre " Bruxelles maçonnique" prétend que c'était impossible, vu le nombre d'intervenants sur les différents chantiers.

C'est vrai que la Grand-Place d'aujourd'hui est le résultat de nombreux travaux qui s'échelonnent sur différentes époques. La plaque commémorative qui se trouve sous les arcades de la maison de l'étoile en témoigne:

P1010059

 


 

Il existe cependant dans l'histoire de la Grand-Place un moment privilégié où il aurait été possible de concevoir un plan d'ensemble puisqu'en 1695 le maréchal de Villeroy ( le plus stupide des officiers de l'armée de Louis XIV ) bombarda le centre de la ville. Comme la plupart des maisons de la Grand-Place étaient construites en bois, un énorme incendie acheva d'anéantir le lieu.

Gplace_1695

 


 

Pour des infos complètes sur l'histoire du bombardement de Bruxelles, voir l'article de wikipedia:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bombardement_de_Bruxelles_de...

Malgré l'ampleur de la catastrophe, la Grand-Place fut reconstruite en moins de cinq ans, encore plus belle qu'avant. C'était un véritable exploit nécessairement géré par un maître d'oeuvre hors pair. Il semblerait d'après Saint-Hilaire que l'architecte principal fut Guillaume Debruyn:

"On peut considérer Guillaume Debruyn (1649-1719) comme l'auteur de la Grand-Place, et plus spécialement de son décor symbolique."

A suivre... troisième partie

 

22:21 Écrit par jb dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : art, bruxelles, grand-place, alchimie |  Facebook |

19/08/2009

bruxella septenaria

22:55 Écrit par jb dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/08/2009

La Grand Place de Bruxelles alchimique- première partie

Paul de Saint-Hilaire dans son ouvrage " Bruxelles mille ans de mystères" affirme que  la Grand Place révèle par divers symboles les opérations permettant de découvrir la pierre philosophale.

Pour rappel la voie sèche ou courte qui est illustrée sur la Grand Place comprend sept étapes, sept étant semble-t-il le chiffre récurrent en alchimie.

Newton qui était obsédé par le grand oeuvre ne voyait-il pas sept couleurs dans la composition de la lumière solaire ?. ( Voir le documentaire de la BBC sur le sujet: Newton the dark heretic.)

Il semble d'ailleurs que Bruxelles ait des affinités avec le chiffre sept.

En 1306 une charte reconnaît sept familles souches bruxelloises. Il fallait en faire partie pour briguer un des sept mandats d'échevin de la ville. En 1646 Erycius Puteanus représente ces lignages par cette gravure ( extrait de Bruxella Septenaria )

 


Pour info site des descendants http://www.lignagesdebruxelles.be/

Saint-Hilaire voit dans la gravure de Puteanus la rose aux sept pétales des alchimistes. Chaque pétale symbolise un métal, une planète et un archange.

La première enceinte de Bruxelles comptait sept portes. Chaque famille souche possédait une des clefs.

1- La porte noire ou de Malines

2- La porte Sainte Catherine

3- La porte Saint Jacques ou d'Overmolen

4- Steenpoort

5- La porte de Coudenbergh

6- La porte Sainte Gudule ou Treurenberg

7- La porte aux herbes potagères ou Warmoesbroek

Chaque porte conduit vers la Grand-Place où trône l'archange St Michel équivalent au mercure chez les alchimistes.

En tout cas, le chiffre sept est bien présent dans l'environnement de la Grand Place:

Sept rues aboutissent sur le lieu ( rue des chapeliers, rue de l'étoile, rue de la tête d'or, rue au beurre, rue chair et pain, rue des harengs et rue de la colline ).

Trois blocs d'édifices sont divisés en sept maisons:

Le bloc compris entre la rue de la colline et la rue des harengs:

P1000795

 


 

Le bloc compris entre la rue au beurre et la rue de la tête d'or:

P1000796

 


 

Et le bloc entre la rue au beurre et la rue chair et pain:

P1000797

 


 

L' édifice des ducs de Brabant ( entre la rue de la colline et la rue des chapeliers ) comprends 9 maisons. Toutefois Saint-Hilaire affirme que les deux dernières maisons à droite font partie de l'étape correspondant au bloc des cinq maisons entre la rue des chapeliers et la rue de l'étoile. 

P1000694

 


P1000794

 


 

 A suivre...deuxième partie

 

22:54 Écrit par jb dans Général | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : bruxelles, grand-place, alchimie |  Facebook |

05/08/2009

La légende de Notre Dame du Sablon - troisième partie

L'enquête continue sur cette légende.

Comme relaté précédemment, la procession de la Vierge est à la base du célèbre Ommegang. Un détail assez troublant m'est apparu en consultant les différents sites qui présentent des photos sur le sujet. Cette photo en particulier:

Vierge du Sablon

 


 

C'est une Vierge noire qui est portée en procession dans les rues de Bruxelles. Je croyais que c'était celle-ci  photographiée dernièrement dans l'église du Sablon:

ndv

 


 

D'accord, elle est aussi assez basanée, mais pas noire.

Et qui dit Vierge noire dit allusion aux anciens cultes polythéistes:

"C’est à partir des années 1950, avec l’avancée des études en matière de religions comparées, que des chercheurs ont envisagé que leur teinte sombre ait été voulue dès l’origine. Des rapprochements ont été faits avec les déesses des anciens cultes polythéistes d'Europe occidentale que la romanisation, suivie de la christianisation, avaient fait disparaître, en particulier les déesses-mères, confortés par la présence de sanctuaires dédiés à la mère de Dieu sur les lieux d’anciens cultes païens (Cybèle, Diane etc..). Benko et Chiavola Birnbaum ont remarqué la ressemblance entre la Vierge à l’enfant et les représentations d’Isis portant Horus datant de l’Égypte ptolémaïque. Des psychologues comme Gustafson et Begg, s’appuyant sur C. Jung, pensent y avoir reconnu un archétype maternel, ou bien un aspect chtonien et psychopompe. Laissant de côté la question des origines premières de la couleur, Monique Scheer a mis en évidence les différents symbolismes liés à la Vierge noire selon les lieux et les époques."

Voir article complet sur wikipedia:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Vierge_noire

Voici une statuette d'Isis que j'ai photographiée au musée d'art et d'histoire du cinquantenaire:

isis

 


 

Dans la même salle du musée, il y a un exemplaire du livre des morts. C'est un livre sacré qui décrit les différentes épreuves que doit subir le défunt dans l'au-delà avant la pesée du coeur. Une image m'a troublé:

barque-horus

 


 

Je ne suis pas un spécialiste de la mythologie égyptienne, mais je suis presque sûr que le personnage du milieu est Horus fils d'Isis et d'Osiris ( tête de faucon, croix égyptienne dans la main gauche, sceptre caractéristique dans la main droite ). Le personnage de gauche représente sans doute le défunt. Quant-aux trois jumeaux qui tiennent la barre ?

Hé oui encore une histoire de barque...

On peut même se demander si Béatrice ( prénom de la dame qui ramena la statue de la Vierge à l'église du Sablon ) n'a pas un rapport avec sainte Béatrice dont l'histoire fait immanquablement penser à l'épopée d'Isis pour récupérer les morceaux d'Osiris. En effet Béatrice voulut récupérer les restes de ses frères Simplice et Faustin qui avaient été décapités et jetés dans le Tibre à l'époque de l'empereur romain Dioclétien. Cet empereur pouchassait tous les chrétiens et condamna Béatrice pour avoir donné une sépulture décente à ses frères.

Isis fit de même avec son frère Osiris qui avait été découpé en morceaux par son autre frère Seth.

23:16 Écrit par jb dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : ommegang, vierge noire |  Facebook |