16/11/2009

Le calice aux serpents - deuxième partie

C'est en étudiant la symbolique alchimique de la Grand-Place que je me suis aperçu qu'il pouvait y avoir une explication aux mystérieux symboles gravés derrière la statue de St Jean. Cette statue est en façade de l'église du Sablon.

decoration

 


 

Dans mon article du 17 juillet, j'avais cru reconnaître des symboles relatifs à la féminité et le calice aux serpents comme un rappel à la légende de St Jean qui avait réussi à convertir les adorateurs de Diane au christianisme.

Et puis je suis tombé sur ce dessin tiré de "Rosarium philosophorum".

calice


 

Comme par hasard, ce dessin illustre un hermaphrodite tenant de la main droite un calice d'où émergent trois serpents. Quand on sait que St Jean est souvent représenté en art de manière ambiguë ( voir les peintures de St Jean par Leonardo da Vinci ) et que le chiffre 3 représente en alchimie les trois étapes vers la pierre philosophale....

Alors les trois symboles derrière la statue prennent une toute autre signification à la lumière de la symbolique alchimique 

tableau_symboles


symboles_stjean


 

Le premier symbole indique un acide.

Le deuxième symbolise l'eau ( triangle sur la pointe ).

Le troisième symbolise le cuivre.

En extrapolant la signification symbolique de la scène, St Jean l'androgyne est celui qui a réussi à équilibrer en lui les composantes masculines et féminines ou les contradictions internes de toute nature. C'est la voie du milieu qui est illustrée. Est-ce pour cette raison que St Jean est le disciple préféré du Christ?

Il tient peut-être entre les mains le calice contenant l'élixir de longue vie des alchimistes. On sait que la panacée est fabriquée à partir de la poudre philosophale et est symbolisée par les 3 serpents. Cette poudre est rouge d'où l'appelation de la dernière étape : l'oeuvre au rouge.

Etonnant parallélisme quand on se souvient que le St Graal contient le sang du Christ...



12/11/2009

L'alchimie et la science moderne

Les scientifiques contemporains considèrent l'alchimie comme une pratique révolue empreinte d'ésotérisme. Il est vrai qu'aucun laboratoire digne de ce nom n'oserait se lancer dans une expérience de transmutation des métaux en suivant les recettes des grimoires laissés par les alchimistes.

Pourtant les astrophysiciens savent que la transmutation est un phénomène banal dans notre univers.

Certaines étoiles, comme notre soleil, sont de véritables fours alchimiques transmutant par fusion l' hydrogène en hélium. De même, les supernovas ont créées l'ensemble de tous les éléments chimiques qui existent dans notre univers.

Le carbone, l'oxygène et tous les éléments qui constituent les briques de nos cellules ont un jour été fabriqués dans une supernova. Notre corps est par conséquent constitué de poussières d'étoiles.

Ces transmutations effectuées dans le cosmos ne peuvent se réaliser qu'à des températures avoisinant les millions de degrés. Les chocs entre les noyaux des atomes doivent être d'une violence extrême pour que les protons et les neutrons se recombinent et donnent naissance à un nouvel élément chimique. Il est donc théoriquement impossible d'effectuer une transmutation dans un four alchimique.

Les alchimistes auraient-il trouvé un moyen d'effectuer une fusion à froid?

En chimie traditionnelle, il existe des catalyseurs qui autorisent des réactions à une température inférieure à celle qui est requise normalement. Notre corps utilise des enzymes pour dissocier chimiquement la nourriture afin que les éléments nutritifs soient extraits à la température interne de notre corps. Mais ces réactions n'affectent pas le noyau des atomes et sont purement chimiques. La transmutation est plutôt du domaine de la physique nucléaire.

Officiellement, le premier scientifique a avoir réussi une transmutation est Ernest Rutherford. Il constata que les rayons alpha du radium étaient capables de transmuter de l'azote en oxygène. En 1919, cette expérience fit grand bruit car elle prouvait que la transmutation était possible.

Aujourd'hui la fusion froide est prise au sérieux par un nombre croissant de scientifiques. A titre d'exemple, voyez le rapport suivant d'une conférence tenue au Japon en 2005:

http://www.jeanpaulbiberian.net/iccf12.htm

A suivre

30/10/2009

La Grand-Place de Bruxelles alchimique - 6ième partie - La fontaine des trois pucelles

Suite de la 5 ième partie

La fontaine située rue au beurre au sortir de l'église St Nicolas mérite notre attention:

3pucellesnew

 


 

En fait, elle n'a rien à voir avec la fontaine qui était au même endroit au 16 ième siècle et qui rappelait à l'initié la quête alchimique de l' élixir de longue vie.

Voici une gravure de la fontaine qui était en place en 1579: la fontaine des trois pucelles:

fontaine-des-3-pucelles

 


 

Cette gravure rappelle l'épisode de la profanation des vêtements de l' église St Nicolas par les Hollandais calvinistes.

Cette fontaine était constituée de trois niches abritant chacune une statue de femme nue . L'eau de la fontaine jaillissait par leurs seins.

Voilà un parallélisme saisissant avec une gravure tirée d'un traité d'alchimie de 1693: Le lait de la vierge ou suc mercuriel symbolise l'antimoine.

3pucellesv3

 


Ou cette autre gravure sur la fontaine mercurielle:

fontaine mercurielle


A suivre

22/10/2009

La Grand-Place de Bruxelles alchimique - 5ième partie - Eglise St Nicolas

Suite de la 4ième partie;

Les crânes à la couronne de laurier nous renvoient tout naturellement vers l'autel de notre dame de la paix situé au bout de la nef latérale gauche. Au dessus de la vierge de facture classique, un personnage féminin assis sur un globe nous tend une couronne de ... laurier:

pacis

 


 

pacis02

 


 

Une bannière est posée sous la statue avec l'inscription:

A PESTE, FAME ET BELLO, LIBERA NOS, MARIA PACIS

Ce qui signifie: De la peste, de la famine et de la guerre, délivrez-nous Notre Dame de la Paix.

Cette phrase nous rappelle qu'en 1489, la peste fit 30,000 victimes à Bruxelles. Elle fut suivie par une famine qui ne cessa qu'après l'abondante récolte de 1493.

En 1625, l'infante Isabelle fit placer une statue de la Vierge sur la façade de la Maison du Roi avec cette même phrase. Cette inscription en lettres dorées a disparu mais il nous reste une gravure tirée du livre de Puteanus:

gravuremaisonroi

 


 

Notez une autre inscription en latin au premier étage du bâtiment:

hIC VotVM paCIs pVbLICae eLIsabet ConseCra VIt

C'est un chronogramme qui donne l'année 1625 après décodage.

Mais le plus important pour notre quête alchimique, c'est qu'après la reconstruction de la Grand-Place ( suite au bombardement de Villeroi en 1695 ), une horloge a été placée en 1763 avec l'inscription:

SIT PATRIAE AUREA QUAEVIS

Que pour la patrie , tout se change en or !!

A suivre 6 ième partie

05/10/2009

La Grand-Place de Bruxelles alchimique - 4ième partie - Eglise St Nicolas

Suite de la troisième partie

L'église St Nicolas va nous révéler d'autres secrets:

Sur la droite de l'autel St Nicolas, se dresse une statue de Sainte Barbara:

sainte_barbe

 

 


 

En réalité, il s'agit de Sainte Barbe patronne de tous les métiers liés au feu et donc la patronne des alchimistes. Elle était censée les protéger des explosions de l'athanor ( four des alchimistes ).

Aux pieds de la sainte, on remarque une tour. Selon la légende, cette tour symbolise son adhésion à la sainte trinité ( remarquez les trois fenêtres ).  

Les alchimistes reconnaîtront l'athanor plutôt que la tour.

athanor

 


 

athanorv2

 


 

Image extraite de De alchimia libri tres

A côté de la statue de Sainte Barbe, un lambris nous indique symboliquement le but de l'alchimie:

lambris

 

 


 

Au centre l'apôtre Simon qui allait être nommé Pierre:

 


« Et moi, je te dis que tu es Pierre et que, sur cette pierre, je bâtirai mon Église et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elles. Je te donnerai les clés du royaume des cieux : ce que tu lieras sur terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur terre sera délié dans les cieux. » [Matthieu, 16, 18-19]

 

Cette phrase est étrangement proche de la première phrase de la table d'émeraude d' Hermes Trismégiste, le père de l'alchimie:

" Il est vrai, sans mensonge, certain, & très véritable. Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut : et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d'une seule chose"

L'alchimie ne vise pas seulement à obtenir la Pierre philosophale qui transforme le plomb en or. Cette pierre est l'étape indispensable pour créer l'elixir de longue vie qui rend immortel.

Les panneaux latéraux du lambris rappellent cette quête d'immortalité. Remarquez le sablier ailé en haut. Il symbolise la chute éternelle du temps, notre destinée vers une mort inéluctable. Mais il peut se renverser et le sable qui était descendu en bas peut se retrouver au dessus ( de nouveau allusion à la première phrase de la table d'émeraude ).

En bas du panneau un bien curieux crâne coiffé d'une couronne de laurier. Arbustre consacré à Apollon, le laurier symbolise l'immortalité acquise par la victoire.

A suivre ... 5 ième partie

02/09/2009

La Grand-Place de Bruxelles alchimique - 3ième partie - Eglise St Nicolas

Suite de la deuxième partie:

Je vous invite à suivre le parcours alchimique de la Grand-Place tel que suggéré par Paul de Saint-Hilaire.

L'adepte était censé pénétrer dans Bruxelles par la porte Ste Catherine ( ancien port de la ville ). Ce qui le ménerait tout droit vers l'église Saint Nicolas avant d'accèder à la Grand-Place par la rue au beurre.

st_nicolas

 


st_nicolas002

 

 


 

L'initié est invité à entrer dans l'église et découvre à l'entrée un Christ au pied doré:

christ_or

 


 

Il est d'usage de caresser le pied de la main droite. Geste qu'il faudra répéter à la fin du parcours alchimique mais cette fois sur le bras du gisant qui se trouve sous les arcades de la maison de l'étoile:

 

gisant

 


 

Mais revenons à l'église Saint Nicolas et allons voir l'autel dédié au saint patron des enfants.

st_nicolas003

 


 

Sous les pieds de Saint Nicolas remarquez  trois petits enfants:

st_nicolas004

 


 

Sans doute allusion à la légende des enfants au saloir:

 « Ils étaient trois petits enfants qui, s'en allaient glaner aux champs, » comme dit la chanson, « Perdus, ils demandèrent l'hospitalité chez un boucher qui ne trouva rien de mieux que de les tuer, les découper et les mettre au saloir.

Saint-Nicolas vint à passer sept ans plus tard et demanda à son tour l'hospitalité. Il insista pour manger le petit salé préparé sept ans plus tôt. Le boucher s'enfuit et Saint-Nicolas ressuscita les trois enfants. »

D'autres histoires mettent en évidence le saint et le chiffre trois:

La légende des trois officiers

La légende des trois pucelles dont la fontaine se trouvait entre l'église et la grand-place, mais que la pudibonderie autrichienne obligea à cacher aux yeux du peuple. L'eau jaillissait de leurs seins. On racontait à l'époque qu'en jetant une pièce d'or dans la fontaine, il était possible de retrouver sa virginité.

Mais il suffit de lever les yeux au dessus de l'autel pour se convaincre que la trinité est vraiment présente:

st_nicolas005

 


 

st_nicolas006

 


 

Bon et alors ? Tout cela a l'air bien normal dans une église catholique. La trinité c'est le père, le fils et le saint esprit. L'oeil qui voit tout dans le triangle c'est Dieu tout simplement. Quel est le rapport avec l'alchimie ?

Il est bon de rappeler que le symbole du triangle rayonnant est partagé par d'autres institutions comme par exemple la franc-maçonnerie et que son origine est probablement liée à la mythologie égyptienne. Le triangle symbolise Isis, Osiris et Horus. L'oeil est celui d'Horus.

Pour info, le musée d'art et d'histoire du cinquantenaire à Bruxelles possède une petite  pyramide sculptée datant de l' Egypte ancienne. Au sommet un soleil rayonnant ou peut-être un oeil stylisé.

pyramide

 


 

Le triangle rayonnant se retrouve aussi dans la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. On ne peut pas dire que les révolutionnaires français étaient de fervents catholiques. Ils avaient instauré  le culte de l'être suprême afin de déchristianiser la France.

Declaration

 


 

 

Pour l'alchimie la trinité est synonyme de Grand-oeuvre. Le travail alchimique se divise en trois phases: l'oeuvre au noir, l'oeuvre au blanc et l'oeuvre au rouge. Pour l'alchimiste tout corps est constitué de trois substances: le soufre, le mercure et le sel:

« Parmi toutes les substances, il en est trois qui donnent à chaque chose leur corps, c'est-à-dire que tout corps consiste en trois choses. Les noms de celles-ci sont : Soufre, Mercure, Sel. Si ces trois choses sont réunies, alors elles forment un corps (...). La vision des choses intérieures, qui est le secret, appartient aux médecins. (...) Prenez l'exemple du bois. Celui-ci est un corps par lui-même. Brûlez-le. Ce qui brûlera, c'est le Soufre ; ce qui s'exhale en fumée, c'est le Mercure ; ce qui reste en cendres, c'est le Sel. (...) Ce qui brûle, c'est le Soufre ; celui-là [le Mercure] se sublime, parce qu'il est volatil ; la troisième Substance [le Sel] sert à constituer tout corps. »

extrait de Paracelse, Liber paramirum (1531), Livre I : "Des causes et origines des maladies provenant des trois premières Substances", chap. 2 : Œuvres médico-chimiques ou Paradoxes. Liber paramirum, trad. de l'all. J. Grillot de Givry (1913), Milan, Archè, coll. "Sebastiani", 1975, t. 1 p. 158-161.

Si le sel constitue tout corps, on comprend mieux la légende des trois enfants au saloir... Et si St Nicolas a attendu sept ans pour redonner vie aux trois enfants, c'est que le chiffre sept est aussi un chiffre alchimique...

Notez aussi qu'il y a sept anges autour du triangle rayonnant.

Saint-Hilaire fait remarquer qu' une tête de mort est posée sur le genou de l'ange inférieur gauche. Il symboliserait une des étapes de l' oeuvre alchimique: la putréfaction de la matière première:

putrefaction

 


 

A suivre... quatrième partie.

24/08/2009

La Grand Place de Bruxelles alchimique - 2ième partie

Comme expliqué dans mon premier article le chiffre sept est récurrent dans l'histoire de Bruxelles. Mais cela ne suffit pas à prouver que la Grand-Place soit un grimoire alchimique à ciel ouvert. Il faudrait que la construction des édifices ait été gérée par un groupe d'initiés veillant à la mise en place de la symbolique alchimique sur les diverses façades. Jean van Win, dans son livre " Bruxelles maçonnique" prétend que c'était impossible, vu le nombre d'intervenants sur les différents chantiers.

C'est vrai que la Grand-Place d'aujourd'hui est le résultat de nombreux travaux qui s'échelonnent sur différentes époques. La plaque commémorative qui se trouve sous les arcades de la maison de l'étoile en témoigne:

P1010059

 


 

Il existe cependant dans l'histoire de la Grand-Place un moment privilégié où il aurait été possible de concevoir un plan d'ensemble puisqu'en 1695 le maréchal de Villeroy ( le plus stupide des officiers de l'armée de Louis XIV ) bombarda le centre de la ville. Comme la plupart des maisons de la Grand-Place étaient construites en bois, un énorme incendie acheva d'anéantir le lieu.

Gplace_1695

 


 

Pour des infos complètes sur l'histoire du bombardement de Bruxelles, voir l'article de wikipedia:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bombardement_de_Bruxelles_de...

Malgré l'ampleur de la catastrophe, la Grand-Place fut reconstruite en moins de cinq ans, encore plus belle qu'avant. C'était un véritable exploit nécessairement géré par un maître d'oeuvre hors pair. Il semblerait d'après Saint-Hilaire que l'architecte principal fut Guillaume Debruyn:

"On peut considérer Guillaume Debruyn (1649-1719) comme l'auteur de la Grand-Place, et plus spécialement de son décor symbolique."

A suivre... troisième partie

 

22:21 Écrit par jb dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : art, bruxelles, grand-place, alchimie |  Facebook |